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Giuseppe Virgone, l'homme pour l'homme

Giuseppe Virgone, l'homme pour l'homme - cliquer pour agrandir
Il aime le noir, les références au passé et le côté moins formaté de la mode masculine. Rencontre avec un passionné qui vient de présenter sa collection hiver 2019 à Paris.

Décide-t-on de devenir créateur ?
Dans mon cas, oui! J'ai toujours été fasciné par le corps, l'espace et le mouvement. J'aurais pu être scénographe, mais mon attirance pour le tissu a été plus forte. J'ai d'abord fait des études en arts plastiques, mais je ne trouvais pas un épanouissement suffisant dans la matière brute. J'ai souhaité changer de voie et me concentrer sur la mode. D'emblée, je me suis senti plus libre dans mon processus créatif. Depuis je ne vis que pour la mode.
 
Pourquoi la mode masculine ? Parce qu'elle offre plus de liberté de création ?
J'ai plus de sensibilité avec le corps masculin que féminin. Mes premières sources d'inspiration sont les moines du XVe siècle et les personnages forts de la mythologie. Je pense en effet que la création masculine est moins formatée. 
 
La mode est un savant équilibre entre art et enjeux commerciaux. Comment trouvez-vous le juste milieu ?
Quand je crée, je traduis ce que je ressens sur le moment. J'essaie de raconter une histoire tout en intégrant ensuite des pièces plus vendables dans la collection. Si je me mets dans un état d'esprit trop commercial, je ne suis pas capable de créer comme je l'entends.
 
Il n'en reste pas moins que ce qui va le mieux se vendre, au final, ce sont, par exemple, vos sweaters à imprimés photographiques.
Là encore, c'est une question d'équilibre. Mes collaborations avec des artistes contemporains me permettent d'apporter une valeur ajoutée aux pièces beaucoup plus vendables comme les sweaters dont vous parlez.
 
Plusieurs de vos silhouettes sont composées d'un pantalon inspiré d'un modèle classique porté avec un sweater plus 'street'. C'est votre vision du costume d'homme 3.0 ?
Lorsque je crée des silhouettes ou des looks, je n'ai pas de références classiques (costumes trois pièces ou autres). Je traduis ma vision de l'homme. Je ne prétends pas dessiner les contours de l'homme 3.0. Je veux juste exprimer ma projection de l'homme d'aujourd'hui.
 
Quel est donc votre définition de l'homme moderne ?
Je ne sais pas ce que pourrait être une silhouette masculine moderne. Je pense d'ailleurs que c'est l'attitude bien plus que les vêtements portés qui confère toute sa contemporanéité à l'homme actuel.
 
Comment justifiez-vous votre choix de couleurs assez minimaliste ?
Compte tenu de mon univers, j'ai du mal à imaginer des vêtements colorés. Personnellement, je porte d'ailleurs principalement du noir.
 
Vous êtes distribué par la boutique Stijl, rue Dansaert, une enseigne qui a toujours défendu les créateurs et qui, comme toutes les boutiques multimarques, souffre des bouleversements qui agitent le secteur de la mode (vente en ligne, 'no season', accélération du rythme commercial, ...). Comment vivez-vous ces bouleversements du marché de la mode ?
Les comportements des clients changent extrêmement vite actuellement. À chaque collection, je me dis que c'est la dernière. Puis, il se passe quelque chose de positif qui me pousse à continuer. Ça peut être l'invitation d'une boutique comme Stijl ou le grand soutien que m'apporte une structure comme WBDM.
 
De quels autres créateurs vous sentez-vous proche ? Avez-vous des références qui vous sont singulières ?
Je ne me suis jamais posé cette question. J'avance sans vouloir ressembler à tel ou tel créateur. Je veux juste exprimer ma vision de l'homme. Je me sens en tous les cas plus proche des créations d'artistes plastiques et des musiciens que des créateurs de mode.
 
Dessiner un pantalon de plus peut sembler vain. Qu'est-ce qui vous pousse à innover, à vous dépasser, à chercher à réinventer le vêtement ?
Mon travail ne consiste pas à créer un sweat-shirt, un pantalon ou une veste. Ce qui m'intéresse, c'est le processus qui fait qu'un vêtement a son supplément d'âme. Je commence par créer des fragments de vêtements pour, au final, aboutir à des pièces plus imposantes. Je pars ensuite de ces premières silhouettes pour arriver à des propositions plus simples, plus portables.
 
Comment envisagez-vous votre avenir de créateur ? Au sein d'une maison ?
Mon objectif n'est pas de travailler pour une maison. J'aurais peur de me perdre, de ne plus trouver mon élan créatif dans un schéma trop rigide où je risquerais d'être un simple exécutant. Je préfère développer ma marque au sein d'une petite structure à Bruxelles.
 
La Belgitude en mode est-elle un passeport ? Que veut-t-elle dire aujourd'hui ?
Il y a en effet une mode belge qui se reconnaît dans les coupes, les matières et les attitudes. Je pense en effet que c'est un passeport... même si on porte un nom italien comme le mien.
 
Vous collaborez avec le musicien belge Mustii. Que vous apporte ce type de rencontres ?
Mustii est une personne enthousiaste. Nos univers sont assez proches. C'était une évidence de travailler ensemble. Ce fut aussi une très belle rencontre amicale. Quand je décide de travailler avec quelqu'un, je pense d'abord à l'image de cette personne avant de penser à la mienne. L'idée n'est donc pas du tout de booster ma propre image de marque.
 
Par Marie Honnay
 
GIUSEPPEVIRGONE / OÏMIAKON PROJECT FALL 18 / Wallonie-Bruxelles International

 
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Dernière mise à jour

12/04/2018

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Belgique

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Europe