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Le Laboratoire des idées: Entretien avec Vincent François-Lavet

Entretien avec Vincent François-Lavet, chercheur à l’UC Louvain en intelligence artificielle et ancien post-doc à l’Université McGill au Canada.

Le Laboratoire des idées

« Nos histoires peuvent être singulières mais notre destination est commune »
Président Barack Obama, 2008

Partant du principe qu’une crise mondiale demande une réponse réfléchie et coordonnée à l’échelle de la planète, Wallonie-Bruxelles International, grâce à son réseau d’Agents de Liaison Scientifique (ALS), a décidé de rassembler les idées et les travaux d’experts de tous les domaines scientifiques confondus.

Ces experts sont des professeurs, des doctorants, des médecins, des ingénieurs, des économistes, des architectes, des éducateurs, des juristes, des designers, des psychologues. Ils proviennent et évoluent donc dans des univers très différents mais partagent deux caractéristiques communes:

  • De par leur formation académique ou leur expérience professionnelle, ils sont liés aux institutions de recherche de la Fédération Wallonie-Bruxelles
  • Leurs idées ont un impact direct ou indirect sur la compréhension, la réponse ou la relance vis-à-vis de la crise globale causée par l’épidémie de Covid-19

 

L'entretien avec Vincent François-Lavet

Pourriez-vous vous présenter et expliquer brièvement votre lien avec les institutions de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Afin de briser la glace, pourriez-vous citer un élément vous correspondant mais qui ne figure pas sur votre CV professionnel ?
 
Je travaille dans la recherche sur l’intelligence artificielle, domaine dans lequel de grands progrès ont été faits ces dernières années notamment avec le « deep learning ». Après avoir fait mon doctorat à l’université de Liège, j’ai passé un peu plus de deux ans de post-doctorat à Montreal à l’université McGill et au Mila (Institut québécois d'intelligence artificielle) et je suis maintenant depuis quelques mois post-doctorant à l’UCLouvain. Lors de mon séjour à Montreal, j’ai eu la chance d’avoir des contacts sur place avec WBI. C’était un grand plaisir et aussi très utile d’avoir ce point de contact. Grâce à cela, j’ai pu participer à divers évènements et j’ai notamment eu l’occasion de présenter l’éco-système en intelligence artificlelle à une délégation de parlementaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
 
Parlez-nous de vos travaux et de leurs rapports, directs ou indirects, avec la crise due à l’épidémie de Covid-19
 
La visualisation des données est un aspect important de mon domaine de recherche au sens large et il nous a semblé naturel d’utiliser nos compétences dans le cadre de la crise du Covid-19. Avec Pierre Schaus et Guillaume Derval à l’UCLouvain, nous avons donc développé la plateforme covidata.be. L’objectif est de collecter des données sur le coronavirus en Belgique et à l’étranger afin d'en extraire les informations significatives. Tout le code source, les graphiques et les données que nous produisons sont disponibles en accès ouvert, ce qui a l’avantage que d’autres personnes peuvent avoir accès aux moindres détails de nos analyses et même éventuellement contribuer au projet.
 
La situation actuelle et votre expérience personnelle de celle-ci affectent-elles vos travaux de recherche passés ?
 
Au-delà de la plateforme covidata.be qui a occupé une partie de mon temps, je me suis également intéressé à différentes questions qui sont hors de mon domaine direct de recherche. Par exemple, je me suis intéressé aux recherches par rapport au compromis entre vie privée et applications innovantes comme le « tracing » dans le cas du covid-19.
 
Plus concrètement, pouvez-vous citer les dispositions professionnelles que vous prenez et les axes d’étude ou de spécialisation que vous pensez aborder à l’avenir ?
 
Les progrès de l’automatisation grâce aux nouvelles techniques dérivées de l’intelligence artificielle vont continuer à façonner nos façons de fonctionner. Dans la partie appliquée de mes recherches, je m’intéresse notamment à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour de l’aide à la décision dans le domaine médical pour la protonthérapie.
 
Au niveau individuel et partant toujours de votre domaine d’expertise, pensez-vous dédier du temps et de l’énergie à préparer l’après-crise ?
 
Je souhaite préparer l’après-crise en formant un plus grand nombre de personnes dans les domaines des sciences des données et de l’intelligence artificielle. La révolution digitale se poursuit et pour que cela ait un impact positif, il est primordial qu’on se forme collectivement à ces changements. Cela ne veut pas dire qu’on doit développer tout et n’importe quoi comme application mais, au contraire, que l’on doit en faire un usage raisonné et cela nécessite d’avoir les bonnes compétences à tous les niveaux.
 
Maintenant à l’échelle sociétale, quelles sont les réponses et changements globaux que vous estimez nécessaires vis-à-vis de la crise actuelle ?
 
Je pense que l'utilisation éthique de l'intelligence artificielle et des données personnelles est une préoccupation cruciale pour l’avenir. Par exemple dans le cas du covid-19, ces techniques peuvent permettre de ralentir l’épidémie mais cela doit se faire sans empiéter sur les droits à la vie privée notamment. De manière générale, si l'utilisation de ces algorithmes est progressivement prise en compte dans les politiques publiques, cela aura un impact positif sur notre société. Ces technologies doivent aussi tendre à éviter et prévenir les futures crises possibles, qu’elles soient écologiques ou sociétales.
 
Quels conseils donneriez-vous à chacune des catégories de personnes suivantes:  les étudiants, la prochaine génération de chercheurs dans votre domaine et les jeunes entrepreneurs ? 
 
Je pense qu’il est difficile de donner des conseils qui pourront convenir à chacun car chaque personne a ses propres motivations, ses propres qualités/défauts, ses propres objectifs, etc. Mais si je m’y risquais quand-même, je conseillerais de toujours garder un œil sur le long terme. Pour les étudiants, cela pourrait se traduire par s’intéresser aux cours avec la curiosité d’acquérir des connaissances et compétences plutôt que d’optimiser uniquement les points de l’examen. Pour les chercheurs, cela se traduirait sans doute par garder le bon équilibre entre penser au prochain papier à publier sans oublier les grands défis du domaine et sans oublier qu’un bon chercheur est un éternel étudiant. Concernant les entrepreneurs, je dirais qu’il y a beaucoup de ponts à faire avec la recherche. Dans les universités, nous sommes contents de pouvoir aider autant que possible dès qu’on a des demandes.
 
Site web: http://vincent.francois-l.be/
Plateforme covidata: www.covidata.be
 
 
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Dernière mise à jour
02.07.2020 - 12:24
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