Congrès international sur l’avenir de la créativité humaine : la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Francophonie donnent l'impulsion à l’UNESCO
"Un défi mondial appelle des règles et une gouvernance mondiale". C’est le message porté par la Délégation générale Wallonie-Bruxelles à Paris, au nom du Groupe des Ambassadeurs francophones auprès de l’UNESCO (GAFU), lors du Congrès international du 27 octobre consacré à la créativité humaine et à la diversité culturelle à l’ère de l’intelligence artificielle.
Car si les technologies évoluent à toute vitesse, les politiques culturelles peinent encore à suivre. Pour faire avancer la réflexion, l’UNESCO a réuni à Paris des artistes, des scientifiques, des représentants des industries culturelles et grandes entreprises technologiques, afin de confronter leurs expériences et d’identifier des solutions concrètes.
Un événement rendu possible grâce à l'initiative et au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
La diversité des cultures à l’épreuve des algorithmes
L’IA peut désormais produire une chanson, une illustration ou un scénario en quelques secondes. Mais qui rémunère les artistes dont les œuvres ont servi à l’entraîner ? Et quelle place reste-t-il à la découverte des artistes, à leur singularité, face à la prépondérance des algorithmes de recommandation ?
Car le risque n’est pas seulement de remplacer des créateurs, mais aussi d’appauvrir progressivement ce qui nourrit la création. Une culture ne se résume pas à ses œuvres les plus populaires : elle vit aussi de traditions, de langues et d’artistes moins visibles, dont les contributions échappent souvent aux données sur lesquelles reposent les systèmes d’IA.
Les échanges ont révélé des divergences de vues, notamment sur la place du droit d’auteur, des droits culturels et le rôle des pouvoirs publics. Comment protéger les artistes sans restreindre leur liberté de création ? Comment garantir leur consentement si les données utilisées pour entraîner les IA restent opaques ? Et comment défendre la diversité sans laisser quelques grandes entreprises décider seules de ce qui mérite d’être vu ?
Au-delà de ces débats, une idée forte s’est dégagée : la diversité culturelle doit se construire dès la conception des technologies, et non se corriger après coup. Cela suppose de donner aux créateurs et aux communautés les moyens de maîtriser leurs données, de soutenir les plateformes indépendantes et de rendre les droits réellement applicables. Car un droit à la rémunération ou au refus reste bien théorique si l’on ne peut pas savoir comment ses œuvres ont été utilisées.
Des engagements aux actes
Ce Congrès s’inscrit dans la continuité de l’engagement de longue date de la Fédération Wallonie-Bruxelles en faveur de la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la Diversité des Expressions culturelles.
En juin 2025, à l’occasion des 20 ans de cette Convention, la Ministre-Présidente Élisabeth Degryse avait porté la voix du Groupe francophone, appelant notamment à adapter les politiques culturelles à l’ère de l’IA et à renforcer le dialogue avec les plateformes numériques.
Aujourd’hui, les Gouvernements francophones restent mobilisés autour de trois priorités : la découvrabilité des œuvres, les droits et la juste rémunération des créateurs, et la transparence des systèmes d’IA.
Avec, en fil rouge, un engagement historique de la Francophonie : la défense de la diversité linguistique. Car si le français n’est pas une langue menacée au même titre que beaucoup d’autres en péril, il peut être un puissant levier de solidarité avec les langues minoritaires et autochtones, dans l’espace francophone comme au-delà. L’enjeu : que la révolution de l'IA permette à toutes les langues, et aux cultures qu’elles portent, de continuer à vivre et à se faire entendre.
L’objectif est désormais de transformer ces réflexions en mesures concrètes. En mars 2027, la prochaine COP Diversité Culturelle examinera également la possibilité de renforcer le cadre juridique international.
Une étape importante pour faire vivre l’ambition fondatrice de la Convention : préserver l'exception culturelle, une culture qui ne soit pas uniquement guidée par les logiques du marché, mais qui laisse toute sa place à la diversité, à la découverte et à la liberté de créer.