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Avignon 2026 : "Sous le drapeau des questions"

13/10/2026
"Bâtir" de Salim Djaferi © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

"Sous le drapeau des questions". C’est LA clé de la 80e édition du Festival d’Avignon, plus iconoclaste et interrogative que commémorative. Quelle formule pourrait mieux dire l’effet que provoque à certains endroits, le Festival Off d’Avignon ?! Ici, les pratiques artistiques belges brillent au diapason d’une démocratie débattue. 

Penser au Festival d’Avignon et en rêver nous fait comprendre ce qu’il a d’unique dans ce qu’il fait à nos questionnement et à nos doutes, et dans ce qu’il nous fait. Notre perception est inséparable des premières semaines de canicule et de mobilisation générale contre le gel de 13% des subventions de l’état français accordées pour l’année 2026 à 28 opérateurs et culturels (ndlr, le 22 juillet 2026, le gel des subventions est levé), et de l’adoption de la réforme des pensions des travailleur.euse.s des arts en Belgique - qui prévoit la limitation à 20% des périodes assimilées antérieures en 2014 -, ainsi que des défis géopolitiques. 

Le Festival d’Avignon et le Festival Off d’Avignon se trouvent forcément affectés par ces données majeures, signes d’un réel de plus en plus insupportable. L’hypothèse est que nous vivons un moment de vérité dont la pandémie de Covid-19 aurait été la répétition ou l’événement - qui a révélé les inégalités agissantes de manière criante. Nous y sommes ! Les bouleversements planétaires - crise climatique, tensions géopolitiques et conflits armés ou boum de l’IA générative - sont à n’en pas douter une bouleversement anthropologique. Comment demeurer audibles et en relations lorsque la confusion générale nous fait accepter l’inacceptable ? Comment les arts au sens plein peuvent y prendre part ? Dans quelle société voulons-nous habiter ? "Le Festival d’Avignon est connu pour sa capacité à s’impliquer dans le monde. On voit bien les attentes qu’il suscite : parler des troubles, du Mal, des injustices. Il y a des débats, des colères dans et autour des œuvres. Dans quelle mesure cela contribue-t-il à améliorer les conditions d’existence de chacun.e ? Evidemment, c’est une question injuste pour le théâtre. Peut-on lui demander de changer le monde ? Le théâtre est incapable d’arrêter une guerre. Pourtant, il est difficile de changer le monde sans compter sur le théâtre. Au festival, j’ai la sensation que d’infimes changements se produisent dans le monde. Et c’est bien leur addition qui contribue à changer l’état du monde. Le théâtre est l’anti-chambre du changement : les moments de pensée, de découvertes et d’émotions permettent les engagements, les mobilisations", insiste Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon. Aussi, il n’est pas étonnant que le Forum La Création comme liberté(s) coordonnée par Catherine Courtet sous l’égide de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), du Festival d’Avignon, de l’ONDA et Thalie Santé, s’intéresse précisément aux productions artistiques et intellectuelles confrontées aux entraves de la liberté de création, aux suppressions de financements et à la déprogrammation - pour évaluer l’état des libertés en Europe, et ailleurs. 

Les artistes savent que montrer la destruction ou plus exactement le consentement à la destruction comme le caractérise Didier Fassin, ne suffit pas pour le rendre visible. D’où la prolifération des enquêtes et en particulier de l’auto-documentation (ou "savoirs de l’intérieur"), les odyssées dans la littérature et les recherches formelles du réel au coeur des mécanismes de la fiction. Il suffit pour s’en convaincre d’observer de près la percée belge au Festival d’Avignon, pour laquelle la question de la démocratie ne peut se penser selon un seul point de vue, circonscrit ; elle est ni close ni surplombante. Elle se révèle concomitante des conditions d’existence de toutes et tous. 

Ainsi, nous pouvons laisser à Salim Djaferi le soin d’ouvrir cette réflexion collective lui qui, dans Koulounisation, avait déjà mené l’enquête sur la langue de la colonisation et plus précisément, sur le mot "colonisation". Dans Bâtir (ndlr, créé en mai 2026 au TNWB dans le cadre du KFDA à Bruxelles) présenté aussi dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, l’artiste s’intéresse avec Clément Papachristou, à l’architecture et à la gestion des cités françaises dans lesquelles il a grandi en Seine Saint-Denis. En 2019, il découvre aux Rencontres de la photographie d’Arles qu’elles ressemblent aux grands ensembles urbains bâtis dans les années 1950 en Algérie durant la colonisation française. Plus tard, il apprend que les cités de la région parisienne ont été aménagées par les administrateurs des colonies françaises en Afrique. Ici, les récits manquent. Pour autant, sa volonté n’est pas de se substituer aux historiens. Dans une sorte de conférence néo-gesticulée, l’auto-documentariste nous amène avec Sasha Martelli à repenser collectivement l’Histoire au prisme des processus de racialisation et de son histoire familiale. C’est l’enjeu de Bâtir, les savoirs de l’intérieur (ou savoirs intimes) enrichissent les savoirs et font mémoire. On le voit bien dans les gestes dansés (ou énoncés) de Salim Djaferi, ils suivent leur propre rythme et lignes. Ils sont porteurs d’un langage politique à partir duquel les architectures des cités deviennent audibles et compréhensibles. Il est souhaitable d’en assumer le sens. 

Contre les désirs de racisme, il est nécessaire d’opposer, si ce n’est imposer l’importance des dynamiques relationnelles dans les récits. Après Carte noire nommée désir présenté au festival en 2023 (ndlr, rappelons que la pièce y fit l’objet d’agressions verbales et physiques à caractère raciste durant et en dehors de certaines représentations), Rébecca Chaillon - artiste associée du Théâtre National Wallonie-Bruxelles - crée La parabole du Seum en collaboration avec Céline Champinot. Le "paraconte" fait corps avec le théâtre, les arts de la performance et la littérature, notamment La parabole du Semeur de Octavia E. Butler (1993) et Le goût du seum de Chams Zarrouk (2026). Ici, l'artiste donne une forme expressive au désir et aux corps gros sur fond de motte de beurre, en insérant les points de vue situés des interprètes dans le récit : survie, maladie, exil, racisme, grossophobie, homophobie, islamophobie, transphobie. Et en multipliant, les scènes et les effets, pour inventer un théâtre du futur, un théâtre post-raciste (?).

Ajoutons ici combien le projet Cosmologie des héritières de l’artiste multidisciplinaire belgo-camerounaise Mallory Lowe Mpoka présenté aux Rencontres de la photographie d’Arles (ndlr, où le Ghana! est célébré), est à portée symbolique. L’artiste convoque l’Histoire du Cameroun et les matriarches, notamment avec le splendide triptyque/photo noir et blanc Trilogia (2024). Où le tressage de cheveux de trois femmes d’une même lignée devient "appartenance et transmissions intergénérationnelles" et donc, une partie de l’histoire. Lauréate du Prix du public du prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer et du Prix de la Photo Madame Figaro dédiée aux photographes émergentes présidée par Isabelle Huppert, Mallory Lowe Mpoka s’impose comme l’une des grandes révélations des Rencontres à la pointe du présent qui se souvient. 

Faire voix avec le penseur martiniquais du "Tout-Monde" Edouard Glissant et le dramaturge-poète avant-gardiste congolais Sony Labou Tansi est la proposition de L’intraitable beauté du monde de Étienne Minoungou (ndlr, titre directement inspiré de L’intraitable beauté du monde - adresse à Barack Obama de Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau). La vérité se trouve quelque part, dans la suture entre les fragments de textes de Glissant et Labou Tansi, avec pour contrepoint la glose clairement située de Étienne Minoungou et les compositions musicales live de de la saxophoniste Katrine Suwalski et du multi-instrumentiste Simon Winsé. C’est à la fois le coeur sensible du monologue à plusieurs voix et son point de butée, après lequel on verse dans l’émotion et la requête politique pour tenter de rattraper le présent dans un moment ouvert. 

Côté interprétation, on songe à celle - superbe ! - de l’actrice Catherine Mestoussis dans L’Hors-présence de Tiphaine Raffier - qui scrute de l’intérieur avec minutie la fin de vie et la question de la dignité humaine, sans jamais rien nier de la douleur physique du corps malade et de la douleur morale de la famille aidante. Ce qui rend la pièce, juste et inoubliable. 

Si l’on pense beaucoup aux rencontres initiées par la SACD Belgique, on pense aussi au partage sensible de l’autrice liégeoise majeure Caroline Lamarche (ndlr, Prix Goncourt de la nouvelle 2019 et finaliste du Prix Goncourt 2025 avec son roman Le bel obscur) dans le cadre du cycle Du livre à la scène à la Maison Jean Vilar - qui fait écho à son travail d’adaptation théâtrale avec Mathias Simons sur le spectacle Les Enfants de la vallée des Ateliers de la Colline ; spectacle qui file sensiblement par la fiction les inondations destructrices de la Vesdre en  juillet 2021 en Belgique. 

Le programme "Vive le sujet. Tentatives !" en partenariat avec la SACD fait émerger, à l’instar de la performance Premier Millimètre de Laura Vazquez, la performance exploratoire Claudia The Virgin de Zoé Lakhnati - formée à P.A.R.T.S et artiste associée à la Ménagerie de verre - avec la championne de bodybuilding Claudia Atletic. Où leurs deux corps se rencontrent dans leurs masses musculaires, s’apprivoisent et se transforment au contact l’un de l’autre.

Autres lieux, autres formats, les six lectures d’auteurices de théâtre francophones d’Afrique et d’Haïti du Cycle Ca va, Ca va le monde ! conçu et coordonné par Pascal Paradou  avec la complicité de Armel Roussel, Jean-Paul Delore et Yacine Benyacoub et les élèves de l’Ecole du Nord - Ecole Supérieure d’Art dramatique étonnent par leur diversité et leur exigence créative. Nous y avons découvert avec intérêt le montage de textes de l’oeuvre fleuve Quel dernier grand conflit pour assouvir la haine entre les humains du Haïtien Guy Régis Junior sublimement mis en voix par Armel Roussel assisté de Raphaël Arhie et Maël Leurele, et de Pierre-Alexandre Lampert à la création sonore. L’immense chantier théâtral débuté en 2008 par Guy Régis Junior inaugure une façon singulière de prendre comme matériau vivant les violences humaines - qui s’entremêlent, se meuvent et se brouillent. Et révèlent la part de vérité (ou nuances) à laquelle on a en réalité rarement accès.

A cet égard, Kiu Choi, directeur artistique du Performing Arts Market à Séoul (PAMS), voit dans le programme Coréen comme langue invitée au Festival d’Avignon, une continuité : "La création coréenne n’est pas Une, elle est multiple (…) Entre autres, dans Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi (ndlr, présentées au KFDA à Bruxelles), Jaha Koo pose un regard bien à lui sur l’Histoire contemporaine et la culture coréenne, entre témoignage, compositions musicales et robotique dans une approche transnationale - qui ouvre. Neige, neige, neige d’après la nouvelle Maitre et Serviteur de Tolstoï mis en scène par Park Ji-hye, révèle la puissance de jeu de Lee Jaram, figure majeure du Pansori en Corée, soutenue par le percussionniste (ou Gosu) Lee Jun-hyoung sur le plateau. Sa pratique va de pair avec une réflexion constante sur cet art du récit chanté ancestral, entre tradition et modernité. Quelle forme de Pansori invente-t-elle aujourd’hui ? Qu’est-ce que le Pansori nous fait aujourd’hui ? (…) Selon moi, l’un des grands enjeux des créations coréennes présentées en Avignon, est de rendre compte du contexte ‘local’ coréen, notamment des pans de l’Histoire de la Corée qui pour des raisons très diverses, sont peu ou pas connus. Et d’en faire un contexte 'translocal' pour repenser les liens entre les territoires, les cultures et entre ‘nous’ toutes et tous. Ainsi, le roman Impossibles adieux de Han Kang - Prix Nobel de littérature 2024- a pour toile de fond l’île de Jeju où a eu lieu en 1948 l’un des pires massacres en Corée. L’approche de Han Kang rend le fait historique plus vaste, plus divers en entremêlant le passé et le présent, les violences et l’amitié. Nous pouvons tous être touchés". 

Il n’est donc pas anodin d’observer que dans Island Story, le parti pris de mise en scène de Kyung-Sung Lee s’éloigne des formes définitives auxquelles on réduit trop souvent le théâtre documenté et lui donne une texture (ou plasticité) d’une profondeur inédite pour traiter des massacres de l’île de Jeju. L’artiste use en effet de la fiction du réel, en allant du côté de l'installation et des arts performatifs, de la voix radiophonique, des images pré-enregistrées (ou en direct), du soin et de la lenteur. Parce que le sujet exige que l’on prenne le temps nécessaire, non pas pour donner une réponse à ce qui s’est passé, mais pour donner une visibilité questionnante à ce ‘nous’ qui n’en finit pas d’être les autres depuis des décennies de silence. 

Célébrer les arts coréens, c’est célébrer aussi le 125e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et la Belgique, notamment exemplifié par l’intensification des relations entre le Théâtre de Liège et les opérateurs et acteurs culturels coréens depuis 2011. "Il y a quelques années, la Corée du Sud s’est penchée sur les réseaux européens existants, notamment le European Theatre Convention (ETC), et sur leurs manières de se structurer et travailler collectivement. Au début des années 2010, je suis invité au Performing Arts Market à Séoul (PAMS) - qui est à ce moment-là le seul grand marché asiatique des arts performatifs. C’est l’occasion pour moi de rencontrer des opérateurs et acteurs culturels coréens très actifs. Et surtout, l’ambassadeur de Belgique en Corée, Pierre Clément Dubuisson, d’origine montoise, extrêmement attentif aux arts et à la culture. Musicien, il me parle du ballet opéra de chambre L’Histoire du soldat d’Igor Stravinski, d’inspiration faustienne, susceptible de toucher la Corée. De ce point de vue, l’Histoire de la Corée est complexe, à la fois marquée par les guerres et les crises et les périodes de prospérité, l’innovation et le développement. Ce que l’on voit bien dans le roman Impossibles adieux de Han Kang. Je propose donc à Jean-Michel d’Hoop de créer L’Histoire du soldat au Théâtre de Liège en 2013, notamment avec Clément Thirion et des musiciens coréens. Par l’entremise de Pierre Clément Dubuisson, nous renforçons nos liens avec Kiu Choi, le directeur artistique du PAMS - qui est aussi l’artisan majeur de la mise à l’honneur du Coréen au Festival d’Avignon. Nous songeons immédiatement à la richesse de la danse coréenne. Et débutons très vite une collaboration avec la Korea National Contemporary Dance Company (KNCDC) dirigée alors par la chorégraphe Aesun Han - qui était d’ailleurs en clôture du Festival Pays de danses 2026 au Théâtre de Liège -, ainsi que Kim Sungyong avec Jungle et Her Sungim avec Everything Falls Dramatic. Nous avons également imaginé avec Aesun Han une collaboration avec la chorégraphe Ayelen Parolin, parce qu’à l’instar de l’Argentine, il existe une forme de chamanisme en Corée. Selon moi, le spectacle Nativos, créé en 2016, est déterminant dans le parcours d’Ayelen Parolin. Ensuite, nous avons développé nos relations avec le Théâtre National de Séoul en initiant le programme "Coproductions croisées", dans lequel le metteur en scène Yo-Sup Bae a créé Strange Beauty, notamment avec Maria Clara Villa Lobos, Clément Thirion, Yong-Seok Choi, Aimé Mpane et Hye-Ran Hwang. La chorégraphe Eun-Me Ahn a également présenté plusieurs spectacles marquants au Théâtre de Liège : Dancing Grandmothers en 2014, North Korea Dance en 2020 et Dragons en 2024", explique Serge Rangoni anciennement directeur général et artistique du Théâtre de Liège. 

Pour comprendre ce qu’est une scène libre, il faut regarder du côté de la 10e sélection Suisse en Avignon qui se permet de multiples embardées du côté de la danse et des arts de la performance dans des figures inédites, notamment avec Joyaux lourdement sous estimés de Bast Hyppocrate et La tendresse du ventre de la baleine de Géraldine Chollet - qui d’une réelle tendresse se gravent durablement dans nos mémoires. Comme c’est le cas aussi de bon nombre de créations belges au Festival Off d’Avignon. Le Théâtre des Doms rend compte d’une guérilla d’écritures et d’imaginaires d’une très grande diversité, évitant les effets-signatures. Les spectacles tiennent ici de l’épure et de la composition, de la chronique de soi, et de l’analyse sociale. Il y a d’emblée quelque chose de stupéfiant dans les expérimentations formelles furieuses des spectacles Opéra Punk de Brut Movement ; Ce que le ventre dit de Lisette Lombe et Marc Nammour ; Pour l’extension des possibles dans ma sexualité du Club P.E.P.S ; T'façon on est en 2012 de Loraine Dambermont et Au coin de ma rue de la Cie Les Bonimanteurs. Ce qui étonne le plus, c’est leur étonnante avidité de jeu et leur musicalité - qui est celle de la parole et des corps - sans jamais relâcher le rythme (ou débit de mitraillette) pour rendre les frontières plus poreuses entre le mouvement, la dignité, l’empathie et la démocratie.

Les duos Sihame Haddioui/Ilyas Mettioui et Josépha Sini/Laurene Hurst s’affirment avec brio respectivement avec Exhibit A et Pépée, une histoire sans chute : ils produisent un jubilatoire télescopage, intriquant auto-documentation et mécaniques de la fiction.

L’onirisme et la fabulation enfantine contre la pose parfois figée du témoignage, tel est le sillon sensible creusé par les Ateliers de la Colline dans Les Enfants de la vallée pour explorer l’urgence climatique dans ce qui est enseveli dans les lieux et les personnes après la catastrophe naturelle.

C’est à l’arpentage de certains points aveugles de la société que nous invitent trois fictions très inventives : la santé mentale par le théâtre d’objet/playmobil et l’image rétro-projetée dans Le Silence de Claire Lagrange de Céline Delbecq où tout se construit sensiblement à vue dans le resserrement et la frontalité de la maladie, du temps et de l’espace ; les minuscules (ou sans-voix) par le prisme de l’histoire de Saint François d'Assise dans Rumba de David Murgia et Ascanio Celestini - qui clôt La trilogie de la périphérie débutée en 2017 ; et la nuance par l’immersion ludique des enfants dans La Caravane des Muchettes de Aline Mahaux.

S’impose aussi le choix du Théâtre Episcène - Théâtre belge à Avignon - de mettre en avant les Lundis de l’émergence durant le Festival Off, notamment avec la création collective Fa(m)ille avec les jeunes artistes professionnelles Manon Capelle et Olivia Van Wylick où l’au revoir à la maison d’enfance avec en contrechamp ses joies et ses tragiques "appels au secours" devient Le sujet sensible. 

Au cœur des premières fois, l’envie de faire du théâtre et la vitalité débordent dans le haut en couleurs Poucet de Victor Pestanes (ndlr, coordinateur du Festival Nouvelle Senne au Théâtre des Riches Claires) présenté à la Factory, en-deçà du crime, du document et de la fiction. 

En ethnographe de l’imagination, Michael De Cock crée le seul en scène Paris & Miki. Sorte de road movie théâtral d’autant plus saisissant que l’artiste use de la question en rafale joyeuse comme un outil de mesure participatif de la démocratie : Est-ce qu’une œuvre d’art vous a déjà ému aux larmes ? Pensez-vous que nos démocraties soient en danger ? L’art peut-il sauver le monde ?. C’est véritablement le spectacle que l’on arpente avec appétit. 

Il serait injuste de réduire le festival aux spectacles. Parmi les autres périmètres tracés, il y a aussi les lectures. Parmi elles, il y a la splendide lecture des fragments du recueil Echardes paru aux éditions L’Arbre de Diane par l’autrice Lylybeth Merle dans le cadre du cycle des lectures proposées au Conservatoire d’Avignon. Elle s’ouvre par une méditation guidée pour accueillir dans la douceur la parole d’une grande tonalité politique ;  celle qui "s’autorise à être" : "la seule vérité, c’est que je viens d’inspirer l’air que tu viens d’exprimer". 

Un mot enfin pour dire que ce sont distinguées également la reprise de Should I stay or Should I stay ?, œuvre fondatrice de Simon Thomas, sorte de trompe-l'œil artistico-povera à la Manufacture ; En finir avec Eddy Bellegueule d’après le roman éponyme d’Edouard Louis de Jessica Gazon, fiction douce-amère qui flirte avec la poésie du retournement à la Manufacture ou Zaï Zaï du Collectif Mensuel, débridé roman photo doublé voix et musique live à la Scierie. 

En Avignon, les artistes et les œuvres belges délivrent le plus sensible des "commentaires", entre appels à la résistance et action, désirs et échappées démocratiques. 

 

Cet article a été écrit par Sylvia Botella dans le cadre du Festival d'Avignon 2026. Vous en trouverez la version condensée dans la Revue W+B n°173.

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NDLR : Le titre de l'article est tiré de l'édito de Tiago Rodrigues dans le programme de la 80e édition du Festival d'Avignon, "Sour le drapeau des questions".

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Extraits d'entretiens avec Kiu Choi, Serge Rangoni et Tiago Rodrigues réalisés et traduits par Sylvia Botella.

Après avoir dirigé pendant plus de 20 ans le Théâtre de Liège, Serge Rangoni est nommé directeur artistique des Arts performatifs au Centre Culturel de Belém à Lisbonne en février 2026.

Michaël De Cock dirige le Théâtre de Liège depuis mai 2026.

  • La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, du 16 au 19.12.26, Théâtre National Wallonie-Bruxelles.
  • Bâtir de Salim Djaferi et Clément Papachristou, les 14 et 15.01.27, Halles de Schaerbeek.
  • Paris & Miki de Michaël De Cock, du 12 au 15.01.27, Théâtre de Liège.
  • Pépée, une histoire sans chute de Josépha Sini et Laurène Hurst, 23.10.26, Centre Hervien d’Animation culturelle ; 17.12.26, La Cité Miroir ; 17.02.27, Wolubilis.
  • Joyaux lourdement sous estimés de Bast Hippocrate, les 21 et 22.10.26, La Balsamine en co-présentation avec les Halles de Schaerbeek.