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Au Sénégal, la coopération climatique wallonne devient réalité grâce à l'expertise de l'APEFE

11/02/2026
Le Delta du Saloum au Sénégal © ULB Coopération
Le Delta du Saloum au Sénégal © ULB Coopération

Au cœur du Delta du Saloum, au Sénégal, se joue l’une des batailles les plus emblématiques contre les effets du changement climatique. Cette réserve de biosphère de 334.000 hectares, classée à l’UNESCO, est un joyau naturel et culturel avec des mangroves, des zones humides, de la biodiversité marine exceptionnelle, mais aussi des villages bâtis sur des amas coquilliers millénaires. Un patrimoine unique… aujourd’hui en péril. L’Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC) a décidé d’agir de manière concrète, à travers un ambitieux projet pilote appelé Niowan Saloum, mis en œuvre par l'APEFE.

Érosion côtière (1 à 1,5 m/an), montée du niveau de la mer, salinisation des terres, perte de biodiversité, recul des activités traditionnelles comme la pêche ou l’ostréiculture : les communautés locales sont en première ligne, au cœur du Delta du Saloum, au Sénégal, où se joue une bataille contre les effets du changement climatique… Ici, les impacts du climat ne sont plus théoriques. Ils sont visibles, quotidiens, parfois irréversibles. On parle alors de Pertes et Dommages, un concept désormais central dans les négociations internationales climatiques. 

C’est dans ce contexte que la Wallonie, à travers l’AWAC, l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat, a décidé d’agir de manière concrète. Bien avant la mise en œuvre du fonds mondial sur les Pertes et Dommages décidé à la COP28, l’AWAC a financé un ambitieux projet pilote, Niowan Saloum, doté d’un budget de 660.000€, sur 18 mois. Notons qu’une deuxième phase de 880.000€ sur 24 mois a été signée par Cécile Neven, Ministre de l'Énergie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports, mi-septembre. Le projet sera donc reconduit jusque fin 2027. Il vise à compenser les Pertes et Dommages culturels, économiques et environnementaux générés par les changements climatiques dans la Réserve de Biosphère du Delta du Saloum (RBDS).

Une dynamique internationale

Les partenaires sont l’APEFE (l’Agence de coopération internationale de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles), ULBCoopération (l’ONG de l’ULB), Nébeday (une association sénégalaise qui développe des actions de protection de l’environnement et de valorisation économique locale depuis plus de 10 ans) et le METE (Ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de la Transition Écologique) du Sénégal, un partenaire institutionnel clé qui pilote les politiques nationales de lutte contre le changement climatique et de préservation des écosystèmes. 

Le projet s’inscrit dans les objectifs de l’Accord de Paris (Article 8 sur les Pertes et Dommages) et dans la dynamique internationale initiée à la COP27 et COP28 avec la mise en place du Fonds Pertes et Dommages. 

Mais ce projet dépasse le simple financement. Il illustre ce que la coopération internationale peut apporter de plus précieux : une alliance entre savoir scientifique, mobilisation locale et renforcement des acteurs publics.

Une réponse innovante aux pertes et dommages

L’objectif du programme est clair : identifier, compenser et prévenir les pertes culturelles, économiques et environnementales liées au changement climatique. « Pour cela, le projet agit sur plusieurs fronts : mieux connaître les impacts (base de données, cartographie SIG, recherches universitaires), renforcer la sensibilisation et la gouvernance locale (ciné-débats, implication des comités de gestion, documentation du patrimoine) mais aussi soutenir des activités économiques durables (comme l’ostréiculture, l’apiculture, l’écotourisme et la valorisation des sites culturels) », explique Géraldine Pegoff, Responsable Climat et Environnement au sein de l’APEFE.

« Expérimenter aussi des solutions douces contre l’érosion, adaptées au contexte local (fascines, reboisement de palétuviers), capitaliser et diffuser (à travers, par exemple, un colloque scientifique à Dakar, des capsules vidéo, des articles…) et assurer une gouvernance rigoureuse avec un pilotage multi-niveaux », ajoute-t-elle. 

Ce qui rend ce projet unique? Il renforce la résilience locale en s’appuyant sur les forces du territoire.

Nébeday, un acteur enraciné dans le territoire

Au cœur de l’action environnementale, l’association sénégalaise Nébeday joue un rôle essentiel. Forte d’une implantation de longue date, elle mobilise les communautés autour de la restauration écologique. Reboisement de mangroves, installation de solutions antiérosives, sensibilisation des jeunes et des femmes, création de parcours écotouristiques : Nébeday transforme l’engagement local en résultats concrets. Son expertise du terrain garantit la pertinence et l’acceptation des actions.

C’est là qu’intervient l’APEFE. « Son rôle est multiple et déterminant pour la coordination stratégique entre ULB-Coopération, Nébeday et les autorités locales sénégalaises, pour le renforcement des capacités locales (formation des comités de gestion, gouvernance participative) mais également à travers l’ancrage institutionnel grâce à son lien avec le Ministère sénégalais de l’Environnement. L’APEFE assure également un suivi-évaluation rigoureux et le pilotage multi-acteurs ainsi que la diplomatie climatique pour faire de la Wallonie un acteur reconnu dans la justice climatique internationale », ajoute Géraldine Pegoff.

En pratique, l’APEFE assure la cohésion du projet, tout en laissant les acteurs locaux mener les actions concrètes. C’est une coopération basée sur l’écoute et la co-construction.

Des résultats déjà visibles

En moins d’un an, les premières avancées sont déjà visibles et significatives puisque 1.679 personnes ont été sensibilisées, lors de 27 séances d’information et on dénombre déjà 360 bénéficiaires directs d’activités économiques, dont 350 femmes, sans oublier l’appui à 4 groupements locaux (GIE). Le programme a aussi permis le reboisement de mangroves, l’installation de fascines contre l’érosion, la production d’un premier mémoire universitaire sur le patrimoine et l’écotourisme ainsi que la mise en place d’une base de données patrimoniale avec l’Université Cheikh Anta Diop et la mise sur pied de comités de gestion locaux renforcés et actifs.

Niowan Saloum n’est pas un projet isolé, c’est une démonstration. Il prouve que les solutions fondées sur la nature sont efficaces, abordables et socialement acceptées. Il montre aussi que la valorisation du patrimoine culturel peut devenir un véritable levier économique. Enfin, il rappelle que la justice climatique n’est pas qu’un discours : la Wallonie la traduit concrètement en actes. 

En finançant ce projet avant même la création du fonds mondial Pertes & Dommages, la Wallonie, via l’AWAC, a montré un leadership rare. Elle ne se contente pas de négocier dans les COP : elle agit, expérimente, capitalise, diffuse. 

Grâce à l’APEFE, cette ambition prend corps sur le terrain. Avec Nébeday, elle se traduit en actions concrètes et, avec le soutien d’ULB-Coopération, elle s’appuie sur la science. Grâce au Ministère sénégalais, elle s’ancre dans les politiques nationales. 

Niowan Saloum n’est pas seulement un projet climatique. C’est un laboratoire d’avenir, où la Wallonie et le Sénégal construisent ensemble un modèle de résilience locale… inspirant bien au-delà de leurs frontières.

Cet article a été rédigé par Laurence Briquet pour la Revue W+B n°170.