La santé mentale, pilier de la coopération belgo-vietnamienne en santé publique

A l’occasion de la visite d’état au Vietnam, la Reine Mathilde s’est rendue à l'Hôpital national de Pédiatrie (HNP) de Hanoï. Cette visite honore la longue coopération entre le Vietnam et la Belgique francophone en matière de santé et spécifiquement de santé mentale.
Cette coopération mise en œuvre par Wallonie-Bruxelles International s’inscrit dans un large programme comportant 5 projets, avec comme élément central un projet en médecine générale et familiale mené par l'Université de Liège depuis une quinzaine d'années. Cette coopération a permis des avancées considérables dans plusieurs domaines, notamment l'intégration de la médecine familiale dans le cursus médical de base, l'adaptation de la législation, et la création du premier centre universitaire de médecine familiale à Ho Chi Minh Ville avec des médecins et dirigeants diplômés de l’Université de Liège. Réunissant plusieurs universités et hôpitaux belges et une trentaine de structures homologues vietnamiennes à travers tout le Vietnam, l’objectif général est d’étayer le réseau de première ligne de soins au Vietnam pour qu’il devienne pérenne, interdisciplinaire et accessible en répondant de manière efficace aux besoins de soins de santé primaire.
Des projets en pharmacie (ULB) et en santé mentale (ULB et HE Vinci), celle des enfants et victimes de maltraitance (ONG Dynamo et SOS Enfants ULB) en particulier, complètent ce projet principal.
La santé mentale : un volet prioritaire de la coopération
La santé mentale constitue un axe majeur de cette coopération, répondant à des défis croissants au Vietnam liés aux transformations socio-économiques rapides qui fragilisent les structures familiales traditionnelles.
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS 2022), entre 15% et 30% de la population vietnamienne souffre de troubles mentaux dont 3 millions d'enfants et adolescents (12%) qui nécessitent un soutien en santé mentale. D’après l’UNICEF (2024), un adolescent sur cinq serait atteint, chiffre illustré par une augmentation inquiétante du taux de suicide chez les enfants et adolescents. Ce bilan alarmant fait face à un déficit certain de professionnels en santé mentale, capables d’accueillir cette souffrance et d’endiguer ce qui pourrait devenir un véritable phénomène de société.
Le manque de données, des diagnostiques tardifs faute de personnels qualifiés, une population qui méconnait les problématiques psychologiques, une médiocre valorisation des professions concernées et des formations encore trop limitées expliquent en partie ce constat.
Des projets concrets
Depuis 2016, la Haute École Vinci mène un projet de supervision clinique et pédagogique destiné aux professionnels de la santé mentale à l'Hôpital National de Pédiatrie (HNP) de Hanoï. Ce programme poursuit plusieurs objectifs stratégiques : approfondir la supervision d'équipe adaptée au contexte vietnamien, intégrer la supervision pédagogique dans la formation des futurs professionnels, soutenir la recherche en supervision, favoriser les échanges interculturels entre Bruxelles et diverses villes vietnamiennes (Hanoï, Ho Chi Minh, Hai Phong), outiller les équipes pour les bilans affectifs, cognitifs et psychomoteurs, et contribuer à l'élaboration d'un code de déontologie pour les psychologues vietnamiens. Le projet s'appuie sur un réseau solide de partenaires locaux, incluant le ministère de la Santé, l'Hôpital National de Pédiatrie, la Faculté de psychologie de l'USSH, l'Institut de Psychologie (VASS), l'Université de médecine Phạm Ngọc Thạch, l'Institut de gestion éducative et l'Université de Médecine et de Pharmacie de Hai Phong. Les résultats sont encourageants avec un doublement du nombre d'institutions partenaires et une mobilisation croissante des psychologues et professionnels sur l'ensemble du territoire, ouvrant des perspectives de pérennisation et d'extension vers des pays limitrophes.
La prise en charge de la santé mentale des enfants maltraités
L'ONG Dynamo, en collaboration avec SOS Enfants ULB, mène de son côté un projet crucial à l'Université des Sciences sociales et humaines (USSH) de Ho Chi Minh Ville pour la prise en charge des enfants maltraités. Plus de 68% des enfants vietnamiens âgés de 1 à 14 ans déclarent avoir été maltraités, avec des taux élevés de violence disciplinaire (72%), mentale (39%), physique (47%), sexuelle (20%) et de négligence (29%) selon le constat alarmant de ll'UNICEF (2018-2022).
Le projet vise à renforcer la recherche et la pratique professionnelle pour prévenir la maltraitance, former des chercheurs, thérapeutes et travailleurs sociaux aux méthodes d'intervention appropriées, et établir une structure de soutien complète. En partenariat avec l'Université nationale du Vietnam à Ho Chi Minh Ville, la Faculté de Psychologie (USSH), le CPAR, le Centre de soutien au développement de l'éducation des personnes handicapées, l'IPRTA et le Centre de renforcement des capacités pour les Femmes et Enfants, ce programme a défini des objectifs spécifiques sur trois ans : détecter et prendre en charge au moins 150 enfants maltraités, intégrer trois foyers d'accueil, rendre opérationnels trois centres d'aide à la thérapie, former 30 spécialistes en travail social, développer la recherche scientifique et sensibiliser les familles.
La visite d’Etat est l’occasion de valoriser cette coopération WBI-Vietnam multiple qui fait ses preuves dans la durée et sur le terrain. Les projets développés dans le domaine de la santé par nos universités et WBI contribuent significativement à renforcer les capacités locales, développer des approches culturellement adaptées, établir des structures pérennes, sensibiliser aux enjeux de santé mentale et intégrer cette dimension dans les soins de première ligne en créant un bénéfice direct pour les populations.