Dans la salle de classe, l’auditoire ou le conseil d’administration, des dizaines de regards se tournent vers la personne qui a la parole. Certains participants écoutent attentivement. D’autres décrochent, consultent leur téléphone, leurs mails, soupirent. Si l’orateur perd le fil, son public le lui fait sentir immédiatement…
Dans la salle de classe, l’auditoire ou le conseil d’administration, des dizaines de regards se tournent vers la personne qui a la parole. Certains participants écoutent attentivement. D’autres décrochent, consultent leur téléphone, leurs mails, soupirent. Si l’orateur perd le fil, son public le lui fait sentir immédiatement…
Bienvenue dans l’univers de la recherche de Sarah Saufnay, doctorante en ingénierie de gestion, à HEC Liège. Elle consacre sa thèse à un enjeu aussi universel que complexe : apprendre à parler en public. Comment ? En transformant les réalités de terrain en entraînements virtuels pour candidats orateurs, grâce à la XR, la réalité "étendue".
"Tout a commencé par la création d’audiences virtuelles crédibles", explique la jeune chercheuse, présente au salon Laval Virtual. Derrière cette apparente simplicité se cache un défi majeur, celui de reproduire des comportements humains sans basculer dans l’inconfort. "Si les avatars sont trop réalistes, on crée un malaise. Il faut trouver le juste milieu", dit-elle.
Décrypter la perception de foules virtuelles
Observer, comprendre, simuler : la première étape de sa thèse consiste à décrypter la perception de foules virtuelles. Un groupe est-il jugé attentif ? Distrait ? Le genre ou l’attitude des avatars influence-t-il cette perception ? "On a travaillé sur la manière dont un utilisateur interprète un public dans son ensemble".
Mais très vite, il ne s’agit plus seulement de regarder. Il faut interagir. Grâce à l’intelligence artificielle, les audiences prennent vie. "L’objectif, c’est qu’elles réagissent à ce que dit l’orateur, en temps réel". Une promesse ambitieuse. Dans le casque de réalité virtuelle, chaque mot prononcé peut déclencher une réaction, une question, un signe d’impatience, un regain d’attention.
Techniquement, le processus est millimétré. La parole est analysée, envoyée à un modèle de langage, transformée en réponse, puis incarnée par un avatar. Le tout en quelques secondes. "Le vrai défi, c’est la latence. Il faut que la réponse arrive au bon moment, sinon l’illusion disparaît", dit-elle. Mais elle est aussi très claire : "On ne remplacera jamais un professeur ou une vraie interaction humaine. Ici, on est dans un outil d’entraînement. Un outil qui complète. Pas un outil qui remplace l’expertise humaine".
Le multiples indices d’un signal vocal
L’autre force de ses travaux réside dans l’analyse de la performance. Et contre toute attente, ce n’est pas le corps qui parle le plus… mais la voix. "On peut extraire énormément d’informations à partir du signal vocal", souligne Sarah Saufnay avec enthousiasme, sur le stand de Wallonie-Bruxelles International à Laval Virtual. "Stress, engagement, clarté : tout se lit dans les variations de fréquence, le débit, les silences. La fréquence fondamentale, par exemple, est un excellent indicateur d’anxiété".
Le nombre de mots par minute, le volume, l’intonation… Chaque paramètre devient une donnée exploitable pour affiner le diagnostic de son modèle. Une approche à la fois scientifique et très concrète. Bien entendu, ces environnements ne restent pas confinés au laboratoire. Ils sont déjà testés dans plusieurs facultés. Futurs enseignants, étudiants entrepreneurs, candidats à des présentations importantes : tous peuvent s’exercer dans des conditions proches du réel à prendre la parole devant un public (virtuel) et à moduler leur discours en fonction des réactions suscitées.
Sa prochaine étape portera sur la mesure d’impact de ces discours. Une étude déjà en cours suit des étudiants qui s’entraînent avant de pitcher leur projet. L’objectif de la jeune chercheuse ? "Observer l’évolution de leur confiance et de leurs performances au fil des séances", précise-t-elle.
À un peu plus d’un an de la fin de son doctorat, Sarah Saufnay commence à entrevoir les résultats de ses recherches. "Ce que j’aime le plus, c’est l’enthousiasme des personnes qui testent ce système", conclut-elle.
Cet article a été écrit par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science, dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.
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À Cergy-Pontoise, non loin de Paris, dans un bâtiment sans enseigne tapageuse, se dessine l’avenir de la police scientifique. A l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (française), les scènes de crime ne disparaissent plus : elles sont figées, explorées, et désormais… revisitées en XR, la "réalité étendue". "Notre objectif est simple", explique Aurélien Harcaut.
À Cergy-Pontoise, non loin de Paris, dans un bâtiment sans enseigne tapageuse, se dessine l’avenir de la police scientifique. A l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (française), les scènes de crime ne disparaissent plus : elles sont figées, explorées, et désormais… revisitées en XR, la "réalité étendue". "Notre objectif est simple", explique Aurélien Harcaut. "Il s’agit de capturer une scène telle qu’elle est découverte et la rendre exploitable à chaque étape de l’enquête en y ajoutant de multiples informations utiles au fil de l’enquête".
Traditionnellement, une scène de crime ou d’un accident est éphémère. Une fois les relevés effectués, elle disparaît, nettoyée ou transformée. Mais depuis quelques années, une révolution discrète s’est engagée en France. Les lieux sont numérisés. "On fige la scène au moment où on la découvre. Ensuite, cette version numérique devient une référence permanente", explique le gendarme.
Photogrammétrie et scanner laser pour figer les lieux
Sur le terrain, les experts disposent de deux armes technologiques. D’un côté, il y a la photogrammétrie. Des centaines de clichés, parfois capturés par drone, permettent de reconstruire l’environnement en trois dimensions. De l’autre, le scanner laser, redoutablement précis, et particulièrement efficace en intérieur, vient compléter les données.
"Ce sont deux méthodes complémentaires. On choisit en fonction du terrain, mais souvent, on combine les deux", précise le spécialiste. En quelques heures, un appartement, une rue ou même une zone accidentée peuvent ainsi être recréés à l’identique et dans leurs moindres détails.
L’attrait du jumeau numérique enrichi
Longtemps, ces modélisations 3D sont restées sous-utilisées. Trop complexes, trop techniques. "On fournissait déjà des modèles 3D aux magistrats et aux enquêteurs, mais ils n’étaient pas toujours faciles à exploiter", reconnaît Aurélien Harcaut. Aujourd’hui, le modèle informatique devient un véritable outil d’enquête. "On crée ce qu’on appelle un jumeau numérique enrichi. On y intègre tout : photos, vidéos, résultats d’expertises…".
Dans cet environnement virtuel, une trajectoire de balle peut apparaître en un clic, un angle de vue être modifié instantanément, ou encore une hypothèse testée en direct. "Tout est centralisé, lisible, compréhensible. Ça change complètement la manière d’appréhender une affaire", insiste M. Harcaut.
Immersion dans une scène reconstituée
Mais la rupture la plus spectaculaire se joue ailleurs, dans une salle de réalité virtuelle de 120 m². Son nom ? Janus. "À l’origine, c’était 'jumeau numérique de scène'. Et puis Janus, le dieu romain du temps, s’est imposé. Parce qu’on fige un instant", précise Aurélien Harcaut.
Ici, magistrats, enquêteurs, avocats, témoins et suspects peuvent être immergés simultanément dans une scène reconstituée. Casque sur la tête, ils évoluent ensemble dans un espace virtuel, observant, rejouant, confrontant les versions. "Chacun voit ce que fait l’autre. C’est une reconstitution, mais sans les contraintes du réel", précise le gendarme.
Un atout majeur. Car dans la pratique, retourner sur une scène peut s’avérer impossible. Le lieu peut avoir été détruit ou remis en état, par exemple lors d’un accident ferroviaire, qui nécessite une remise en service rapide des voies. L’environnement peut être dangereux, les coûts logistiques trop élevés… "Dans certains cas, sécuriser un site pendant plusieurs heures est irréalisable", souligne le spécialiste, au salon Laval Virtual. "Avec Janus, on recrée tout, sans risque".
Un outil stratégique pour la justice et la police
Cette immersion ne se limite pas à l’effet "waouh". Elle transforme concrètement le travail judiciaire. Pour les experts, d’abord. "Certains, comme les balisticiens ou les spécialistes des traces de sang, gagnent énormément en efficacité. Manipuler une scène en réalité virtuelle est beaucoup plus intuitif qu’avec une souris", explique Aurélien Harcaut.
Pour les magistrats, ensuite. La compréhension d’un dossier complexe devient plus immédiate. "On passe d’un dossier technique à une expérience visuelle".
Pour les reconstitutions, enfin, l’impact est potentiellement décisif. Témoins et suspects peuvent rejouer les faits dans des conditions proches du réel, sans quitter un environnement sécurisé.
Derrière cette innovation, les moyens restent limités. L’équipe dédiée à la numérisation compte seulement quatre spécialistes pour toute la France. "Ils interviennent partout, en métropole comme en Outre-mer", souligne Aurélien Harcaut.
Dans certains cas, la rapidité est cruciale. "Sur un accident ferroviaire, il faut intervenir immédiatement. Les équipes partent parfois en hélicoptère". Mais dans la majorité des situations, un délai de 24 à 48 heures reste acceptable. "Contrairement aux traces biologiques, la structure d’une scène ne se dégrade pas immédiatement", rappelle-t-il.
Une coopération internationale en marche
"Beaucoup de magistrats nous disent : 'Si on avait eu ça avant, certaines affaires auraient été plus simples'". Conséquence : les demandes explosent. Les premières reconstitutions judiciaires en réalité virtuelle doivent avoir lieu dans les prochains mois.
Reste une question : cette technologie, va-t-elle se démocratiser ? À terme, les tribunaux pourraient être équipés de leurs propres salles immersives. "L’idée serait qu’ils puissent faire les reconstitutions eux-mêmes, avec nos outils", envisage Aurélien Harcaut. Mais cela dépendra des financements et de la volonté politique.
Au-delà des frontières françaises, l’intérêt grandit. Plusieurs pays européens travaillent sur des projets similaires. "On commence à échanger avec d’autres forces de police. L’objectif, c’est de partager les bonnes pratiques", explique le gendarme français.
Au début de cette année, la Police fédérale belge a de son côté inauguré à Bruxelles une structure du même genre : le XR-Labs. Ce projet est le fruit d’une collaboration avec la Défense et la Douane.
Ce simulateur belge permet l’organisation de formations pluridisciplinaires. Et il a déjà été mis à contribution dans le cadre d’une reconstitution virtuelle.
Cet article a été écrit par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.
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Sur l’écran, un avion-cargo vient d’atterrir à l’aéroport de Liège. Le Boeing roule vers sa zone de parking. Casque de réalité virtuelle sur la tête, le manutentionnaire observe la scène, prend les commandes d’un engin de piste pour décharger l’aéronef et…. c’est la collision ! "Voilà, tu as cassé l’avion", lance, amusé, le professeur Michael Schyns, témoin de la scène. Ici, pourtant, aucune inquiétude. L’accident est virtuel. Et c’est précisément tout l’intérêt.
Sur l’écran, un avion-cargo vient d’atterrir à l’aéroport de Liège. Le Boeing roule vers sa zone de parking. Casque de réalité virtuelle sur la tête, le manutentionnaire observe la scène, prend les commandes d’un engin de piste pour décharger l’aéronef et…. c’est la collision ! "Voilà, tu as cassé l’avion", lance, amusé, le professeur Michael Schyns, témoin de la scène. Ici, pourtant, aucune inquiétude. L’accident est virtuel. Et c’est précisément tout l’intérêt.
Derrière cette démonstration spectaculaire, se cache l’un des laboratoires les plus dynamiques en matière de réalité virtuelle appliquée : le LabXR, de l’Ecole de commerce (HEC) de l’ULiège. Dirigé par le Pr Schyns, on y développe depuis plusieurs années des outils immersifs qui transforment en profondeur la manière d’apprendre, de s’entraîner, et même de travailler.
Tout un aéroport dans un casque
A l’écran, la première claque est visuelle. Devant soi, l’aéroport de Liège a été intégralement modélisé. Pistes, avions, véhicules… tout y est. Même ce qui n’existe pas encore. "Tout ce que vous voyez devant vous, c’est le futur aéroport tel que défini dans le master plan. Ce sera construit prochainement, mais nous pouvons déjà le visiter, y évoluer et y apprendre les bons gestes", explique le chercheur.
Ce jumeau numérique permet non seulement d’explorer les lieux, mais surtout de s’y former. L’utilisateur se retrouve plongé dans des situations réelles : manipuler un "high loader" (véhicule aéroportuaire utilisé pour le chargement et le déchargement de fret), se déplacer sur le tarmac, respecter les règles de sécurité. "Dans la vraie vie, on ne peut pas immobiliser un avion pour former quelqu’un. Ici, on peut s’entraîner autant qu’on veut et sans danger", précise Michaël Schyns.
Bien entendu, l’apprentissage passe aussi par l’erreur. L’engin est parfois volontairement mal positionné, les conditions rendues plus difficiles. "On veut que l’utilisateur se trompe, et qu’il comprenne pourquoi", dit-il.
Une vraie technologie de terrain
L’outil XR est ici loin d’être un simple prototype. À l’Académie de l’aéroport de Liège, certains modules font désormais partie du quotidien des formations. "Le module MAN, c’est le permis de conduire du tarmac. Et il est utilisé en continu", précise le Pr Schyns.
"Dans un environnement aussi sensible que celui d’un aéroport, où chaque erreur peut avoir des conséquences lourdes, la simulation XR devient un atout majeur. Elle permet de former plus vite, plus souvent, et dans des conditions parfaitement contrôlées", explique le Pr Schyns alors qu’il est venu présenter ses solutions au salon Laval Virtual, grâce au soutien du service Recherche et Innovation de Wallonie-Bruxelles International.
Son laboratoire ne se limite pas à la formation. Il explore aussi la gestion en temps réel des opérations aéroportuaires. Connecté aux systèmes de l’aéroport, le jumeau numérique permet de suivre les avions, les cargaisons, les véhicules en temps réel. "On filme les opérations et on essaie de détecter automatiquement ce qui se passe : quel véhicule est présent, où en est le déchargement, s’il y a du retard…".
Un défi de taille. Entre contraintes techniques et réglementaires (notamment sur l’usage des caméras), les solutions doivent être adaptées en permanence. "Les algorithmes classiques ne suffisent pas. Il faut les repenser", explique-t-il.
Laval Virtual, vitrine et laboratoire d’idées
Et c’est ici qu’intervient l’intelligence artificielle. Elle est intégrée là où elle fait sens. "Aujourd’hui, tout le monde veut mettre de l’IA partout. Mais souvent, on ne sait pas pourquoi", observe Schyns. "Nous, on l’utilise quand elle apporte une vraie valeur".
Particularité notable : les modèles fonctionnent directement dans le casque, sans dépendre de serveurs externes. Un choix stratégique, notamment pour protéger les données.
Au LabXR, grâce à une équipe d’une quinzaine de personnes comprenant des développeurs, des chercheurs, des spécialistes 3D, le laboratoire avance à la croisée de la recherche et de l’industrie. "Je fais de la recherche, mais j’aime qu’elle soit utile", indique encore le scientifique. "Et plutôt que de figer les projets, je veux que le laboratoire adopte une approche agile. Nos outils évoluent en continu, en collaboration étroite avec les utilisateurs. C’est simple, dans de tels projets, on se revoit toutes les deux semaines avec les gens de terrain et on ajuste. Les besoins évoluent, et la technologie aussi".
Dans ce contexte, la présence du LabXR à Laval Virtual prend tout son sens. L’événement est un carrefour entre recherche et industrie, un lieu d’observation privilégié. Michaël Schyns y ouvre donc grands les yeux . "Ici, on voit comment les entreprises s’approprient ces technologies. C’est essentiel pour nous", dit-il. Le professeur y joue aussi un rôle stratégique au niveau européen, participant aux réflexions sur les mondes virtuels et le web 4.0. Au final, ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement la technologie, c’est surtout son intégration progressive dans des usages concrets.
Cet article a été rédigé par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.
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L’Initiative d’Innovation Stratégique wallonne "HITT" s’impose comme l’un des projets les plus visibles de la stratégie de spécialisation intelligente (S3) de la Wallonie. Son ambition ?
L’Initiative d’Innovation Stratégique wallonne "HITT" s’impose comme l’un des projets les plus visibles de la stratégie de spécialisation intelligente (S3) de la Wallonie. Son ambition ? Faire des technologies immersives et interactives - comme la réalité augmentée, la réalité virtuelle et la réalité mixte -, un levier de compétitivité pour les entreprises wallonnes.
"Ces technologies transversales sont des atouts pour quasi tous les types d’industries", estime le professeur Sébastien Nahon, coordinateur de HITT et directeur du Media Innovation and Intelligibility Lab (Miil) à l’UCLouvain. Il tire un bilan tout en nuances, mais largement positif, de cette IIS (Initiative d’Innovation Stratégique) qui vient de se clôturer.
"Tout au long de HITT (Human Interaction Technology Transfer), nous sommes restés très agiles", indique-t-il d’emblée. "Nous avons voulu travailler vite, être présents sur le terrain et rapprocher des acteurs qui n’ont pas toujours les mêmes cultures", explique-t-il en marge de Laval Virtual, la grand messe européenne de la XR (eXtended Reality), organisée chaque année en France, dans la ville de Laval. Un festival où, grâce au coup de pouce du service Recherche & Innovation de Wallonie-Bruxelles International, de nombreuses équipes wallonnes ont pu trouver une vitrine et nouer des contacts fructueux au fil du temps, comme on le lira plus bas.
La XR ? Il s‘agit de la réalité étendue, un concept derrière lequel on retrouve l’ensemble des technologies immersives qui fusionnent les mondes réels et virtuels. C’est un savant mélange de réalité virtuelle (VR), de réalité augmentée (AR) et de réalité mixte (MR).
Une alliance inédite entre chercheurs, entreprises et pouvoirs publics
Lancée dans le cadre des Initiatives d’Innovation Stratégique (IIS), HITT (Human Interaction Technology Transfer) rassemble universités, industriels, organismes de formation et administrations publiques autour d’un même objectif, celui d’accélérer l’adoption des technologies immersives et interactives en Wallonie. Pour Sébastien Nahon, le succès du programme repose sur plusieurs ingrédients : une gouvernance partagée, une forte proximité avec le terrain et une ouverture internationale assumée.
"La co-gouvernance université-entreprise fonctionne parce que nous partageons une vision commune. Et nous avons énormément investi dans les collaborations internationales, notamment grâce au soutien de Wallonie-Bruxelles International", dit-il.
Six projets européens déposés
Un des indicateurs les plus parlants du succès de cette IIS concerne la participation aux programmes européens Horizon. En quelques années, HITT a contribué à la préparation et au dépôt de six projets européens dans le domaine de la XR. "Pour un territoire comme la Wallonie et pour une technologie encore relativement de niche, six dépôts, c’est énorme", souligne Sébastien Nahon. Un résultat d’autant plus impressionnant que les évaluations obtenues par ces projets sont excellentes. "Nous avons reçu des notes comprises entre 12,5 et 14,5 sur 15", précise-t-il.
Et même si, dans un environnement extrêmement concurrentiel, ces scores ne garantissent pas toujours un financement, les consortiums constitués continuent d’être mobilisés sur d’autres appels européens.
Dix entreprises wallonnes en route vers l’Europe
HITT ne se limite plus aux universités. Le programme accompagne aussi dix entreprises wallonnes dans leur montée en puissance vers les projets européens.
Certaines proviennent du secteur du jeu vidéo et se sont diversifiées vers la formation immersive. D’autres appartiennent à des secteurs industriels beaucoup plus traditionnels. "Une PME active dans un domaine proche de la métallurgie envisage de créer une business unit entièrement dédiée à la XR. Elle est convaincue du potentiel de ces technologies pour améliorer sa productivité et son retour sur investissement", indique le scientifique. "L’objectif est clair : faire émerger une nouvelle génération d’acteurs capables de porter l’innovation wallonne à l’échelle européenne".
Le grand défi : démocratiser les équipements
Si les usages se multiplient, un obstacle demeure. Il s’agit des équipements utiles au déploiement de la XR dans de multiples environnements de travail. "La technologie est mature. Les cas d’usage existent. Mais il manque encore le moment de bascule technologique", estime Sébastien Nahon. "Un peu comme cela a été le cas avec l’arrivée de l’iPhone en ce qui concerne la téléphonie mobile".
"Au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, début 2026, pas moins de 56 modèles de lunettes de réalité augmentée étaient présentés", explique Sébastien Nahon. "Des systèmes de projection laser ou holographique sont déjà envisagés dans l’industrie pharmaceutique, l’aérospatial ou le secteur médical. Demain, un chirurgien pourra examiner un cœur en trois dimensions avant une intervention. Un opérateur industriel pourra recevoir directement sur son poste de travail des indications visuelles précises pour effectuer un assemblage complexe. Mais il manque encore d’un standard".
Souveraineté technologique européenne
Au-delà de la technologie, HITT met également en lumière un enjeu stratégique : la dépendance européenne aux plateformes étrangères. "Aujourd’hui, les casques et les lunettes les plus performants viennent essentiellement des États-Unis. Il n’existe pas de véritable casque européen", pointe le Pr Nahon. "Même constat pour les moteurs logiciels utilisés pour créer les univers immersifs. Or, les talents européens sont excellents. Nous avons donc toutes les compétences nécessaires. La question est désormais celle de la souveraineté technologique".
L’autre révolution en cours est celle de la convergence entre XR et intelligence artificielle. Grâce aux IA génératives, il devient possible de créer rapidement des environnements virtuels complets sans passer par des phases longues et coûteuses de prototypage. "Avec un bon prompt et les bons outils, on peut générer très rapidement un univers immersif pour tester une idée ou un produit", indique-t-il encore.
"L’IA permet également de créer des personnages virtuels capables de dialoguer naturellement avec les utilisateurs, mais aussi de personnaliser les parcours d’apprentissage en fonction du comportement observé dans les environnements immersifs. À terme, des agents IA pourraient prendre en charge certaines tâches répétitives de production, laissant davantage de place à la créativité humaine".
Wal4XR : le "plan Ikea du futur"
Parmi les projets emblématiques soutenus par HITT figure Wal4XR, un programme de recherche appliquée réunissant onze doctorants et plusieurs partenaires industriels. L’un des démonstrateurs présentés à Laval Virtual illustre parfaitement le potentiel de ces technologies. Imaginez un meuble à monter. Plutôt que de suivre un manuel papier parfois déroutant, un affichage immersif indique précisément où placer chaque pièce et à quel moment.
"C’est un peu le plan Ikea du futur", résume Sébastien Nahon. "En cas d’erreur, un assistant intelligent pourrait même expliquer instantanément ce qui ne fonctionne pas et comment corriger le problème". La XR est vraiment protéiforme.
Former les talents de demain
L’autre pilier du programme est la XR Academy, destinée à former des demandeurs d’emploi aux métiers de la XR. Le défi n’est plus tant de former les talents que de convaincre davantage d’entreprises industrielles de les recruter.
"Nous devons encore accélérer l’adoption de ces technologies dans des secteurs comme la pharmacie, la métallurgie ou l’industrie manufacturière", estime le scientifique.
Pour les jeunes qui envisagent une carrière dans le domaine, le coordinateur de HITT recommande deux grandes voies : les formations liées au jeu vidéo et les cursus d’ingénieur en informatique. Mais les profils atypiques ont également leur place. "On voit arriver des kinés, des psychologues, des designers. Moi-même, je viens de la sociologie. La XR est un domaine où les parcours restent très ouverts", pointe-t-il.
Alors que les Initiatives d’Innovation Stratégique wallonnes touchent à leur fin, HITT laisse déjà entrevoir des résultats tangibles : des projets européens compétitifs, des entreprises engagées, des chercheurs mobilisés et des démonstrateurs concrets. Pour Sébastien Nahon, le potentiel ne fait plus de doute. "Notre mission reste de démontrer l’intérêt de ces technologies et d’accélérer leur adoption. Le point d’inflexion approche". Si les promesses se concrétisent, la Wallonie pourrait bien avoir pris une longueur d’avance dans l’une des prochaines grandes révolutions numériques.
Cet article a été rédigé par Christian Du Brulle pour la plateforme Daily Science, dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.
Ecoutez le Pr Nahon dresser le bilan de l’IIS HITT lors de la dernière rencontre "Laval Virtual", où une large délégation wallonne était présente grâce au Service Recherche & Innovation de Wallonie-Bruxelles International.
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Les stages d'été recommencent ! Pendant les mois de juillet et d’août, des boursiers issus du monde entier viennent parfaire leurs compétences en langue française pendant 2 à 3 semaines dans le cadre de stages financés par Wallonie-Bruxelles International (WBI) et coordonnés par quatre universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles : l’UMons, l’UCLouvain, l’ULiège et l’ULB.
Les stages d'été recommencent ! Pendant les mois de juillet et d’août, des boursiers issus du monde entier viennent parfaire leurs compétences en langue française pendant 2 à 3 semaines dans le cadre de stages financés par Wallonie-Bruxelles International (WBI) et coordonnés par quatre universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles : l’UMons, l’UCLouvain, l’ULiège et l’ULB.
Le stage de français dans les relations internationales (FRI) a débuté le 6 juillet dernier pour une durée de deux semaines, intenses en apprentissages. En effet, un programme chargé attendait nos stagiaires : cours spécialisés, découvertes, excursions et rencontres multiples étaient au rendez-vous.
Lors de ce stage si spécial, l’UMons accueille traditionnellement des diplomates, futur.e.s diplomates ou cadres administratifs ayant à traiter des dossiers dans le domaine des relations internationales. Lors de leur stage, les boursiers et boursières sont amené.e.s à suivre des cours de spécialité (perfectionnement de la compétence de communication - orale et écrite - dans un contexte d’échanges internationaux et familiarisation avec la langue politique, administrative et économique).
Comme chaque année, les 26 stagiaires de cette promotion 2026 ont été reçus au siège de Wallonie-Bruxelles International pour un événement organisé en leur honneur. Cette réception leur a donné l'opportunité de réaliser des rencontres et d’échanger sur le paysage politique belge et mondial d’aujourd’hui et de demain.
Pour l’occasion, un exposé sur le système fédéral belge a été délivré par M. Christian Carette, Inspecteur général, suivi d'une réception conviviale introduite par Mme Pascale Delcomminnette, Administratrice générale de Wallonie-Bruxelles Internationale, ainsi que M. Luc Canautte, Professeur de FLES (français langue étrangère et seconde).
Nous avons également eu le plaisir d'accueillir M. Viet Nguyen, Chef de mission adjoint de l'Ambassade du Vietnam en Belgique et M. Nguyen Tuan Hiep, Premier Secrétaire, chargé des relations bilatérales entre le Vietnam et la Belgique. Nous en profitons pour leur adresser nos remerciements les plus chaleureux pour leur présence et échanges avec les boursiers lors de cette journée.
Enfin, un immense merci adressé à l'équipe de l'UMons présente pour l'accompagnement des boursiers à WBI : M. Luc Canautte (formateur), M. Pascal Groulx (coordonnateur), Mme Cecile Ibarra (formatrice), Mme Nathalie Gillain (formatrice) et Mme Sarah Lechien (stagiaire accompagnatrice).
Le stage de FRI touche désormais à sa fin. Nous espérons que les stagiaires ont passé un excellent et fructueux séjour au sein de notre belle Belgique francophone et nous leur souhaitons tout le meilleur pour la suite de leur parcours.
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Le 3 juillet, WALMEET a organisé sa rencontre annuelle réunissant les porteurs de projets et les candidats souhaitant déposer un projet.
Désormais organisé une fois par an, ce forum a pour objectif d’inciter de nouveaux candidats à introduire des projets auprès de la Commission européenne ou de ses agences, dans le cadre de programmes plus compétitifs que les fonds en gestion partagée les plus sollicités en Wallonie, comme le FEDER, INTERREG et le FSE+.
Le 3 juillet, WALMEET a organisé sa rencontre annuelle réunissant les porteurs de projets et les candidats souhaitant déposer un projet.
Désormais organisé une fois par an, ce forum a pour objectif d’inciter de nouveaux candidats à introduire des projets auprès de la Commission européenne ou de ses agences, dans le cadre de programmes plus compétitifs que les fonds en gestion partagée les plus sollicités en Wallonie, comme le FEDER, INTERREG et le FSE+.
Une année charnière pour les programmes européens
L’année 2026 constitue un moment charnière. Le futur cadre financier pluriannuel est en cours de négociation, ce qui crée des incertitudes quant à l’avenir de certains programmes.
Les grandes priorités de l’Union européenne – transition digitale, transition verte et cohésion – devraient toutefois être maintenues. La Commission européenne annonce également une simplification et une diminution du nombre de programmes. Cela ne signifie pas pour autant que les thématiques actuellement soutenues disparaîtront.
Creative Europe et le soutien aux industries créatives et culturelles
Le programme Creative Europe, par exemple, n’existera sans doute plus sous cette appellation. L’Union européenne devrait néanmoins maintenir son soutien aux industries créatives et culturelles.
Stéphanie Leempoels, du desk Creative Europe, a présenté les différentes dimensions du programme, l’aide apportée par le desk aux candidats ainsi que les principaux points d’attention.
L’entreprise TEAMPANOPTES, active dans le jeu vidéo et le serious game, a bénéficié d’un financement européen grâce à l’aide du desk. Ce soutien permettra à Thomas Stassin et Bastien Gorissen de développer un produit de manière commerciale. Il s’agissait de leur première tentative de réponse à un appel européen.
LIFE : nature, environnement et climat
Le programme LIFE, dédié à la nature, à l’environnement et au climat, ne devrait lui non plus plus apparaître sous cet intitulé dans le futur cadre financier pluriannuel. Les thématiques qu’il soutient devraient toutefois rester centrales dans la stratégie européenne.
Peu d’acteurs wallons déposent des projets dans le cadre du programme LIFE. Deux d’entre eux y apparaissent néanmoins plus régulièrement : le service public de Wallonie compétent et l’association Natagora.
Active en Wallonie et à Bruxelles, cette ASBL est impliquée dans plusieurs projets européens et assure également un rôle de coordination. Elle a présenté son projet LIFE-Connexions.
Financé par le volet « nature et biodiversité » du programme LIFE, ce projet vise à réintroduire des espèces animales et végétales sans bouleverser le biotope actuel. Il se déploie sur 40 sites Natura 2000 en Lorraine, dans l’Ardenne méridionale, la Fagne, la Famenne et l’enclave de Givet.
Le projet repose sur un important travail de communication avec les riverains et les autorités locales, ainsi que sur l’achat de terrains ou la conclusion de conventions avec des propriétaires.
Antoine Folcher, du NCP-Wallonie, a présenté le programme LIFE ainsi que l’aide que le NCP peut apporter aux candidats. Le NCP-Wallonie est l’interlocuteur wallon chargé d’accompagner les porteurs de projets.
Erasmus+ et INTERREG également présentés
Deux autres programmes moins connus ont également été abordés : Erasmus+ et INTERREG.
Coline Deghorain, de l’agence AEF+, a présenté en détail le programme Erasmus+. Celui-ci est désormais largement ouvert à des publics variés, notamment aux professionnels. Un projet porté par la structure de formation pour adultes IFAPME a également été présenté.
Thierry Noville, du service INTERREG de Wallonie-Bruxelles International, a présenté ce programme tout en rappelant que les derniers appels de cette programmation budgétaire étaient en cours et que plusieurs inconnues subsistaient pour l’avenir.
VALBIOM porte plusieurs projets liés à l’économie circulaire. Jocelyn Deloyer a, pour sa part, présenté un projet auquel participe le centre neuropsychiatrique Saint-Martin.
Ce projet vise à répondre à la crise de la santé mentale chez les jeunes en utilisant les forêts d’Europe du Nord-Ouest pour favoriser le bien-être. Il prévoit d’intégrer des thérapies immersives aux soins psychiatriques, de créer des forêts thérapeutiques pilotes, d’accompagner les adolescents en souffrance psychique et de former des professionnels de la santé mentale et des forestiers.
Il vise également à élaborer des recommandations à destination des acteurs publics et à pérenniser les résultats grâce à la création de centres de référence.
Enfin, Julie Grosjean, du pôle de compétitivité consacré à l’agroalimentaire Wagralim, a présenté le financement en cascade.
Ce type d’appel est particulièrement intéressant pour les ensembliers et les fédérations dont les membres sont de petites structures. Il permet de redistribuer un financement central, géré par une structure faîtière, vers des acteurs de plus petite taille.
Une documentation a été mise à la disposition des participants. Une partie de celle-ci est accessible auprès de WALMEET, à l’adresse a.peeters@wbi.be.
WALMEET peut également mettre les candidats souhaitant déposer un projet européen en contact avec les opérateurs susceptibles de les accompagner.
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Comment se déplacera-t-on demain ? À VivaTech 2026, les réponses ne viennent pas des géants de l’automobile ou des constructeurs de véhicules autonomes. Sur le pavillon de l’Awex et de WBI, deux entreprises illustrent à leur manière les nouvelles tendances de la mobilité.
Comment se déplacera-t-on demain ? À VivaTech 2026, les réponses ne viennent pas des géants de l’automobile ou des constructeurs de véhicules autonomes. Sur le pavillon de l’Awex et de WBI, deux entreprises illustrent à leur manière les nouvelles tendances de la mobilité.
Greentripper analyse l’empreinte carbone des voyages et cherche à rendre les déplacements plus durables grâce à l’intelligence artificielle. AMPYRE, une entreprise de Florenville, développe des trottinettes électriques capables d’évoluer sur des terrains accidentés. Deux approches très différentes, mais un même objectif : repenser la façon dont nous nous déplaçons.
L’IA au service de la mobilité durable
L’innovation de Greentripper repose sur une technologie d’intelligence artificielle capable d’analyser automatiquement un voyage à partir de simples documents. "On peut importer une brochure, un programme de voyage ou une facture. L’intelligence artificielle identifie alors tous les éléments qui génèrent des émissions de CO₂", explique Florence Clauss, Business development analyst chez Greentripper.
Transport aérien, hébergement, restauration, activités touristiques : chaque étape est décortiquée. En quelques secondes, l’utilisateur obtient un bilan carbone détaillé ainsi qu’un score environnemental.
L’objectif n’est pas de culpabiliser les voyageurs, mais de leur donner des leviers d’action, assure Mme Clauss. "Beaucoup de personnes pensent qu’une fois la destination choisie, il n’y a plus de marge de manœuvre. Pourtant, sur place, il est souvent possible de remplacer un vol intérieur par un train ou un bus, ou encore de choisir des activités moins émettrices de gaz à effet de serre", souligne-t-elle.
Voyages touristiques et déplacements d’entreprise
L’innovation va au-delà du simple calcul carbone. Pour rendre les données accessibles au grand public, la plateforme traduit les émissions en équivalents concrets. "Les tonnes de CO₂ ne parlent pas forcément à tout le monde. Nous essayons de rendre ces chiffres plus compréhensibles grâce à des comparaisons avec des éléments de la vie quotidienne", précise-t-elle.
Historiquement tournée vers les agences de voyages et les tour-opérateurs, l’entreprise élargit désormais son champ d’action. Les déplacements professionnels, les trajets domicile-travail ou encore les grands événements deviennent de nouveaux terrains d’application.
"Dans certaines entreprises, la mobilité représente près de la moitié des émissions de carbone. Pourtant, elle reste souvent sous-estimée", rappelle Florence Clauss.
La trottinette électrique quitte la ville
À plusieurs mètres de là, un tout autre engin attire les regards. Avec ses pneus massifs et son allure de machine de compétition, la nouvelle trottinette Core semble davantage sortie d’un circuit de motocross que d’une piste cyclable.
Fondée en 2019 à Florenville, dans la province de Luxembourg, la société belge AMPYRE s’est spécialisée dans les trottinettes électriques tout-terrain haut de gamme. L’histoire commence comme celle de nombreux entrepreneurs : par une frustration. "Nous distribuions une marque française de trottinettes tout-terrain. Nous adorions le concept, mais pas forcément l’exécution", raconte Arnaud Legrand, fondateur et directeur général.
Face aux limites des modèles existants, l’équipe décide de développer sa propre machine. Trois années de recherche et développement seront nécessaires avant le lancement du premier modèle, l’Arrow, en 2023. Aujourd’hui, l’entreprise dévoile la Core, une évolution importante de son concept. "Nous sommes plus légers, plus puissants. La machine affiche 36 kilos et développe jusqu’à 6 000 watts de puissance. Les premières livraisons sont annoncées dans les prochaines semaines".
Une utilisation ludique, mais aussi professionnelle
Pour AMPYRE, l’innovation ne se limite pas aux performances techniques. L’entreprise ambitionne de créer un véritable écosystème autour de la trottinette électrique tout-terrain. "Nous voulons proposer les meilleures trottinettes électriques du monde et faire de cette discipline une spécialité belge", affirme son fondateur.
Selon lui, ce marché reste largement inexploité. Les premiers acteurs se sont surtout concentrés sur la location touristique. AMPYRE vise désormais une pratique sportive et récréative plus poussée.
Deux versions seront proposées : une version homologuée pour la route, limitée à 25 km/h conformément à la réglementation belge, et une version off-road réservée aux terrains privés. Le public recherché n’est pas forcément urbain. "Ce n’est pas un produit qui remplace le vélo. C’est une machine de loisir, conçue pour sortir des sentiers battus", résume Arnaud Legrand.
L’entreprise intéresse également des clients institutionnels. Des services de police, des opérateurs touristiques et même certaines forces spéciales utilisent déjà ses modèles.
Deux visions complémentaires de la mobilité
À première vue, peu de choses rapprochent Greentripper et AMPYRE. Pourtant, les deux entreprises incarnent une même transformation du secteur. La mobilité n’est plus uniquement une question de transport. Elle devient plus spécialisée et adaptée à des usages précis.
D’un côté, l’intelligence artificielle aide à réduire l’impact environnemental des déplacements. De l’autre, l’électrification ouvre de nouvelles possibilités pour les loisirs et les usages professionnels en terrain difficile.
À VivaTech, ces innovations belges rappellent que l’avenir de la mobilité ne se résume pas à la voiture autonome. Il se construit aussi à travers une multitude de solutions plus ciblées, capables de répondre à des besoins très différents.
Cet article a été rédigé par Christian Du Brulle pour la Plateforme Daily Science, dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.
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L’année 2025 a été marquée par de profondes mutations géopolitiques, avec une intensification des tensions internationales et la persistance de conflits au Moyen-Orient, en Ukraine, au Soudan ou en Afrique centrale.
L’affirmation d’un unilatéralisme américain croissant, l’expansion de l’influence des BRICS+ et la montée en puissance de la Chine redéfinissent les équilibres mondiaux. L’Europe, quant à elle, fait face à des défis économiques, sociaux et sécuritaires, aggravés par la progression des nationalismes et des populismes. Malgré ce contexte, des espaces de coopération subsistent, illustrant la résilience du multilatéralisme.
Parallèlement, les inquiétudes sociales et environnementales s’accentuent, tandis que l’essor de l’intelligence artificielle transforme les sociétés, soulevant des enjeux majeurs. En Belgique, les entités francophones poursuivent leurs priorités politiques, guidées notamment par la Note de Politique Internationale.
Face à ces évolutions, Wallonie-Bruxelles International (WBI) a renforcé son action en misant sur la résilience, l’agilité et des partenariats étendus avec ses réseaux diplomatiques et sectoriels. Les Délégations générales et les Conseillers Académique et Scientifiques (CSA), en lien avec les réseaux des Conseillers Economique et Commerciaux (CEC) de l’AWEX, contribuent au rayonnement international de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment en matière de recherche et innovation, de culture et d’enseignement. WBI soutient également la mobilité des jeunes et les projets de coopération.
Active sur la scène européenne, francophone et multilatérale, WBI défend des valeurs clés comme les droits humains, l’égalité des genres, le multilatéralisme, le multilinguisme et le développement durable. Afin d’atteindre ses objectifs, WBI modernise ses outils et processus pour accroître son efficacité et renforcer la visibilité internationale de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Nous vous souhaitons une belle découverte de notre Rapport d’Activités 2025.
Bonne lecture !
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L'architecture de Wallonie-Bruxelles voyage à travers le monde depuis 15 ans avec WBA.
Depuis quinze ans, Wallonie-Bruxelles Architectures (WBA) porte la voix de l’architecture francophone belge au-delà de ses frontières. L’intuition de base était simple : faire circuler ce que la Belgique francophone produit de mieux en architecture, urbanisme et paysage dans le monde. Donner à voir, mais surtout permettre de rencontrer. C’est ainsi que naît WBA. Depuis, l’agence ne se limite pas à promouvoir la scène architecturale de Wallonie et de Bruxelles, elle la met en mouvement, la raconte, l’inscrit dans les grands rendez-vous internationaux. L’accompagnement de jeunes bureaux à l’international, le soutien de candidatures, l’ouverture d’un réseau, la création de passerelles entre pays, voilà le travail quotidien de l’équipe de WBA depuis quinze ans. De quoi honorer ce travail discret mais essentiel qui permet à nos architectes de se distinguer sur la scène internationale.
Dans ce numéro estival, on découvre aussi la programmation culturelle du patrimoine wallon grâce à VISITWallonia, on comprend qu’il faut valoriser des compétences développées par les jeunes en mobilité internationale avec l’AKI-App du BIJ, on plonge dans la conférence annuelle "Educaid.be" 2026, on découvre des solutions innovantes pour le diagnostic et le traitement du cancer grâce à Trasis, on donne une seconde vie aux dalles de moquette avec Composil, on est attentif à l’éco-design à la Galerie Augusta et on rencontre les talentueux Thomas Docquir, Danseur étoile à l’Opéra de Paris et Yoon Barbé, qui construit des ponts entre la Corée et la Belgique.
Au sommaire
- Dossier : WBA fête ses 15 ans
- Portrait : Yoon Barbé, la go-between
- Culture : Thomas Docquir, le Wallon qui danse aux portes des étoiles
- Tourisme : Notre patrimoine se donne en spectacle
- Design : La Galerie Augusta - Quand durable rime avec hautement désirable
- Jeunesse : AKI-App ou comment aller un pas plus loin dans les mobilités internationales
- Coopération internationale : Assurer la continuité de l'apprentissage dans un monde marqué par une instabilité croissante
- Innovation : Trasis - L'entreprise liégeoise devenue leader mondial en médecine nucléaire
- Entreprise : Composil - La moquette circulaire "made in Belgium"
- Survols
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Pays
Pourquoi choisissons-nous un produit plutôt qu’un autre ? Pourquoi affirmons-nous parfois une chose… avant d’en faire une autre ? C’est précisément cette contradiction qui a donné naissance à Brain Impact Neuroscience, une entreprise bruxelloise.
Pourquoi choisissons-nous un produit plutôt qu’un autre ? Pourquoi affirmons-nous parfois une chose… avant d’en faire une autre ? C’est précisément cette contradiction qui a donné naissance à Brain Impact Neuroscience, une entreprise bruxelloise. Elle présentait la semaine passée son expertise innovante sur le pavillon de l’Awex (Agence wallonne à l’exportation) et de WBI au salon Vivatech (Paris), le plus grand événement ”startup et tech” d’Europe.
L’histoire de cette entreprise qui ausculte notre cerveau de consommateur afin d’identifier ce qui le fait frétiller commence avec une expérience devenue célèbre dans le monde du marketing : le "Pepsi Challenge".
"Lors de tests à l’aveugle, au cours desquels on présentait dans des verres anonymes du Coca-Cola ou du Pespi de nombreux consommateurs préféraient le goût du Pepsi à celui du Coca-Cola", explique Eloïse Borreman, la directrice de la communication de Brain Impact Neuroscience. "Pourtant, dans les rayons des magasins, c’est généralement le Coca-Cola qui l’emporte. Les gens disent A alors qu’en réalité ils font B", résume-t-elle.
IRM fonctionnelle
Une étude menée grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) par l’équipe de Brain Impact a permis d’expliquer ce paradoxe. Lorsque les participants savaient qu’ils buvaient du Coca-Cola, certaines zones du cerveau liées à la mémoire, aux émotions et à la récompense s’activaient davantage. La marque influençait donc inconsciemment leur préférence.
Pour le Dr Arnaud Petre, alors chercheur en psychologie et en neurosciences, cette découverte a été un déclic. "C’est alors qu’il a décidé de créer Brain Impact Neuroscience afin d’utiliser les outils des neurosciences et de les mettre au service de l’innovation", explique Eloïse Borreman
Le principe utilisé par l’entreprise est simple. Plutôt que de se fier uniquement aux questionnaires et aux déclarations des consommateurs sur ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, la PME observe directement leurs réactions cérébrales face à un produit, une odeur, une musique ou une vidéo.
Circuits du plaisir et de la récompense
Pour cela, l’entreprise utilise principalement l’IRM fonctionnelle. Cette technologie permet de mesurer l’activité cérébrale en observant les variations de consommation d’oxygène dans différentes régions du cerveau. Concrètement, lorsqu’une personne découvre un parfum, goûte une boisson ou regarde une publicité, les chercheurs peuvent identifier quelles zones du cerveau s’activent.
"On peut scientifiquement mesurer les circuits du plaisir, de la récompense ou des émotions", explique le Dr Quentin Dessain, conseiller IA et données chez Brain Impact Neuroscience. L’objectif n’est pas de lire dans les pensées, mais de comprendre les réactions inconscientes qui influencent les décisions d’achat.
Neuromarketing
Aujourd’hui, Brain Impact se positionne comme un partenaire stratégique pour les entreprises qui développent de nouveaux produits. "Un enjeu majeur quand on sait que la grande majorité des lancements commerciaux échouent malgré des investissements parfois colossaux", indique Eloïse Borreman.
"Neuf nouveaux produits sur dix ne rencontrent pas le succès espéré. Les données issues des neurosciences apportent alors une couche d’analyse supplémentaire pour aider les marques à prendre de meilleures décisions avant un lancement."
Le secteur où Brain Impact est le plus présent reste celui des cosmétiques. Parfums, fragrances, crèmes de soin : de nombreuses grandes marques font appel à ses services. Mais les applications vont bien au-delà. L’entreprise a également travaillé dans la musique, le divertissement, l’automobile. Elle commence à développer des projets dans l’agroalimentaire. Demain, des plateformes comme Netflix ou Spotify pourraient aussi utiliser ce type d’analyse pour évaluer l’impact émotionnel d’une bande-annonce, d’une série ou d’un contenu audiovisuel avant sa diffusion.
Olfactomètres et gustomètres développés en interne
Bien entendu, un dispositif capable de réaliser une IRM fonctionnelle du cerveau ne se trouve pas n’importe où. Pour réaliser ses tests, Brain Impact a développé des partenariats avec divers hôpitaux qui disposent de ces grosses machines. La PME a toutefois aussi développé ses propres outils compatibles avec le puissant champ magnétique de l’IRM. Parmi eux, l’olfactomètre, qui diffuse précisément des odeurs pendant le scan cérébral, ou encore le gustomètre, qui permet aux participants de goûter des produits alimentaires sans quitter l’appareil. "Ce sont simplement des dispositifs capables d’envoyer un stimulus dans un environnement très particulier", explique Quentin Dessain.
Les études sont menées auprès de panels de consommateurs soigneusement sélectionnés selon les besoins des clients. Si une marque souhaite tester un parfum destiné à des femmes de 30 à 50 ans, ce sont précisément ces profils qui seront recrutés. Une vingtaine de participantes suffit généralement pour obtenir des résultats robustes sur le plan scientifique, estime l’entreprise.
220 millions de données cérébrales
La valeur ajoutée de Brain Impact ne réside pas uniquement dans la collecte des données, mais surtout dans leur interprétation. Car chaque examen génère une quantité impressionnante d’informations. Depuis sa création, Brain Impact affirme avoir accumulé plus de 220 millions de points de données cérébrales. Une base de connaissances qui pourrait désormais alimenter des modèles d’intelligence artificielle.
"Sera-t-il un jour possible de prédire les réactions du cerveau sans devoir systématiquement passer par un examen IRM ? Peut-on entraîner des modèles capables de simuler ces réponses cérébrales ?", s’interroge l’équipe. Si cette perspective reste encore en développement, elle pourrait considérablement réduire les coûts (notamment de location d’une IRM) et accélérer les études de marché.
L’ambition de Brain Impact n’est toutefois pas de remplacer le consommateur, mais bien de mieux le comprendre. Une approche qui pourrait transformer la manière dont les entreprises imaginent leurs produits, en s’appuyant non seulement sur ce que les gens disent, mais aussi sur ce que leur cerveau révèle.
Cet article a été rédigé par Christian Du Brulle pour la Plateforme Daily Science, dans le cadre d'un partenariat avec WBI et l'Awex.